DÉCEMBRE 2016

Comment bien GÉRER la fin d'ANNÉE?


La fin d’année correspond à une période bien particulière de joies mais aussi de fatigue et de tensions.

Tout d’abord, l’hiver est là, et nos organismes sont fragilisés par le froid, le faible ensoleillement et les virus.

Ensuite, c’est une période de fêtes familiales qui nous renvoient à nos souvenirs d’enfance, nos joies, nos pertes, nos déceptions. L’enchantement de Noël et le désenchantement de la réalité.

Les grands repas de famille sont également propices à l’expression de blessures non réglées, de manques : c’est souvent au moment précis où chacun voudrait partager quelques heures paisibles que les anciens conflits surgissent. Car cette période réveille nos frustrations d’enfant, nos fragilités, nos déceptions relationnelles et la douleur des pertes. Elle est donc souvent forte en émotions de toutes sortes.

Par ailleurs, Noël correspond à la fin d’une période. C’est l’antichambre d’une nouvelle année. Et même si cela reste très symbolique, c’est un passage, une transition qui nous amène à effectuer une sorte de bilan. Qu’avons-nous réalisé ? Quel est le sens de nos choix de vie ? Nous réinterrogeons nos relations, nos investissements et parfois définissons les fameuses résolutions de nouvel an : après un petit bilan personnel, on trace une nouvelle perspective censée améliorer ce qui nous a paru inadapté, insuffisant… Ce processus crée également une certaine tension intérieure qui peut être stimulante, positive, mais aussi négative si nous sommes trop sévères avec nous-mêmes.

C’est pourquoi, cette fin d’année est l’occasion de vous faire des cadeaux à vous et à ceux que vous aimez. Et le cadeau le plus important à offrir, c’est consacrer du temps à vos proches, aux personnes qui vous font du bien et surtout à vous même. Du temps pour réaliser ce que vous avez envie de partager avec ceux que vous aimez, pour vous reposer, ne rien faire, rêver, réaliser ce que vous n’avez jamais le temps de vous accorder et ne pas vous juger trop durement.

Accordez-vous ces moments privilégiés authentiques destinés à vous ressourcer afin de débuter cette nouvelle année avec, non pas des résolutions difficiles à tenir, mais des espaces de douceur et de partage qui vous rempliront d’une force positive plus durable.

Alors bonnes fêtes à tous, sous le signe de la tendresse, de la chaleur et de la bienveillance !

                                                                                                                                                                                                                                                              Sabine Vimont


FÉVRIER 2017

Saint Valentin, fête des amoureux?
La Saint-Valentin a fait de février le mois des amoureux. Fête préparée et attendue ou rituel commercial, les perceptions sont variables, mais force est de constater que ce 14 février génère des réactions et émotions diverses. Je saisis cette occasion pour évoquer la complexité de l’amour. 
Mais tout d’abord, un préalable qui apaisera peut-être les célibataires qui se sentent seuls face à ces affichages d’amour dont ils rêvent: il ne suffit pas d’être en couple pour effacer le sentiment de solitude ni de fêter la Saint Valentin pour être aimé. Même si l’envie d’y croire est tenace. Car il n’est pas si simple d’aimer, d’être aimé et que cette relation soit épanouissante.
La Saint Valentin comme expression de l’amour ?
« Il n’y a pas d’amour, il y a des preuves d’amour » disait Jean Cocteau.
La Saint Valentin est un moment d’échange de preuves d’amour artificiellement instauré. Ces signes d’amour sont habituellement personnels et s’expriment par ces petites choses du quotidien : gestes, attentions, regards, paroles, intensité d’une caresse…
Cependant, comme pour toute communication, la preuve d’amour accordée n’est pas toujours entendue comme telle par l’autre dont l’attente peut s’avérer fort différente. « Il m’apporte des fleurs, mais je préférerais qu’il me regarde autrement, il n’a même pas vu que j’avais acheté cette nouvelle robe… ». Et je ne parle pas de la difficulté rencontrée par certain(e)s pour exprimer leurs sentiments amoureux par des mots ou des gestes. Ni du fait que les « preuves d’amour », pour conserver leur sens, doivent se renouveler. Si j’offre la même chose tous les ans, cela risque de devenir une habitude dénuée de sens. 
Jean Claude Kaufman[i] affirme que la Saint Valentin rencontrerait un succès durable car elle déculpabiliserait les hommes, conscients de ne pas donner autant de preuves d’amour que les femmes en attendent. Sans aller jusqu’à cette distinction hommes-femmes, ce succès découle certainement de la difficulté à communiquer au sein du couple, en particulier sur le plan de l’expression des sentiments et de la difficulté à être entendu par l’être aimé.
Qu’est ce qu’aimer ?
C’est pouvoir accueillir l’être aimé dans son intégralité : son caractère, ses qualités et défauts, son histoire de vie singulière, ses joies et ses peines. Et avoir suffisamment confiance en cet homme ou cette femme pour envisager l’avenir à ses cotés. C’est être capable de vivre cette relation sans se renier, car l’amour ne doit rien enlever, mais enrichir chacun des amoureux.
« T’aimer, c’est être avec toi, Etre avec moi-même avant d’être avec toi. Avec toi : solidaire, complice, confiant, attentif, attentionné… Toi, parce que c’est toi et que je suis respectueux de ce que tu es. J’ai appris à aimer ta singularité, ta façon unique d’être au monde. Ta façon unique d’aimer. De m’aimer. Et d’accueillir mon amour. J’aime l’enfant que tu es et l’enfant que je suis avec toi, J’aime l’adolescent(e) passionné(e) que tu es et l’adolescent(e) qui revit à tes cotés, j’aime l’amant(e), j’aime l’ami(e), j’aime la grâce qui nous unit, j’aime ce que tu n’aimes pas de toi, et j’aime le beau de toi que tu ignores. Et chaque jour j’apprends à mieux t’aimer »
Catherine Bensaïd et Jean Yves Leloup[ii]

Aimer, est-ce trouver l’âme sœur ?

Dans le mythe platonicien de l’amour[iii], cette recherche de notre moitié manquante, perdue, se fonde sur l’idée que notre complétude et notre bonheur ne s’accompliraient qu’au sein de cette relation. N’est ce pas l’essence même des contes de fée ? « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants… » Mais combien, reclus dans leur solitude, attendent l’arrivée de cet être idéal, nourrissant la récurrente déception des rencontres amoureuses?
Lamartine dénonce ce « Mythe stupide et vénéneux de l’âme sœur créée spécialement pour chacun de nous et qu’il suffit de rencontrer pour réaliser sur terre le paradis terrestre ».
Si l’amour apporte du bonheur, serait-ce par la vertu de la réunification de deux individualités incomplètes? « Ne faire plus qu’un, la question est lequel ? » affirmait Sacha Guitry, caustique.
Il parait difficile, en effet, de fusionner équitablement deux personnalités, deux histoires.
  • Soit l’une prend le dessus, le couple est uni mais un des partenaires a l’impression de n’exister que pour l’autre,
  • Soit les personnalités se complètent dans des échos de vécus douloureux, les histoires de chacun résonnant et suscitant la répétition dans une sorte de spirale infernale. Le couple est alors lié, enfermé dans la répétition de postures figées qui engendrent souffrance et insatisfaction et dont il ne peut sortir seul.

Aimer, est-ce espérer que l’autre m’apporte ce que je cherche ?

L’amour fait éclore des sentiments profonds, génère des émotions intenses et permet de vivre des expériences jusqu’alors inconnues. Mais il ne peut remplacer ce qui a manqué. Si notre être conserve de profondes blessures, des carences affectives, l’illusion que la personne choyée viendra combler ces manques peut s’installer. « J’attends que tu m’apportes tout l’amour que je n’ai pas reçu ». « J’attends de ton amour qu’il répare l’image négative que j’ai de moi… » De telles attentes sont inconscientes, mais la possible émergence de sentiments de déception ou de trahison les révèle. Car cette mission est impossible. L’autre ne peut compenser ce qui a fait défaut. Il peut apporter une stabilité, un apaisement par la qualité de ses sentiments, mais l’amour ne suffit pas. Éminemment intime, la relation au sein du couple touche nos failles et ravive nos plaies. Les défenses protectrices habituellement à l’œuvre s’amenuisent d’autant plus que nous nous sentons en confiance, ce qui peut entraîner des situations complexes où les rôles, les époques, les vécus se confondent douloureusement au risque d’abîmer la relation.
Un psychothérapeute de couple permet de démêler les intrications néfastes et contribue au rétablissement d’une relation plus harmonieuse.

L’essence de l’amour ?

L’amour doit permettre à chaque partenaire d’exister, de continuer à se développer. Et au couple de s’enrichir de l’évolution de chacun. L’un et l’autre grandissent et se font grandir. Deux notions sont essentielles pour que l’amour se concrétise ainsi:
  • La sécurité intérieure de chacun et la confiance dans le couple constitué.
  • L’idée de l’espace adapté. Pour évoluer, amener une dynamique dans la vie du couple, chaque individu doit se trouver suffisamment distancié, séparé. L’espace différencie et ravive le bonheur de retrouver l’être aimé ; il attise également le désir, notion fondamentale pour la vitalité du couple.
Ces vers de Khalil Gibran qui illustrent merveilleusement mon propos :

« Aimez-vous l’un l’autre, mais de l’amour ne faites pas des chaines: Qu’il soit plutôt une mer se mouvant entre les rives de vos âmes. Remplissez vos coupes l’un pour l’autre mais ne buvez pas dans une seule coupe. Donnez-vous du pain l’un à l’autre mais ne mordez pas dans le même morceau. Chantez et dansez ensemble, et soyez joyeux, mais que chacun puisse être seul, comme sont seules les cordes du luth alors qu’elles vibrent d’une même musique. Donnez vos cœurs, mais pas à la garde l’un de l’autre. Car seule la Vie peut contenir vos cœurs dans sa main. Restez l’un avec l’autre, mais pas trop près l’un de l’autre : Car les piliers du temple sont éloignés entre eux, et le chêne et le cyprès ne poussent pas dans l’ombre l’un de l’autre »

Pour finir, je vous souhaite - au choix - soit une très bonne Saint Valentin - soit, en référence à Alice de Lewis Carroll[iv], une joyeuse Non-Saint Valentin qui vous laissera le plaisir de fêter l’amour tous les autres jours de l’année par des gestes, des attentions, des petits cadeaux, des mots doux... car l’amour n’est jamais acquis. Le feu sacré nécessite une attention constante.
Et dans la mesure du possible, pensez à vous accorder aussi à vous-même des attentions bienveillantes. Car vous seul(e) connaissez vos besoins, vos envies et il vous appartient d’y répondre sans assigner exclusivement ce rôle à l’autre.
Sabine VIMONT
[i] Jean Claude Kaufman Revue Psychologies février 2016
[ii] « Qui aime quand je t’aime ? De l’amour qui souffre à l’amour qui s’offre » Catherine Bensaïd et Jean Yves Leloup. Albin Michel
[iii]« Le Banquet » de Platon
[iv] « Alice au pays des merveilles » de Lewis Carroll